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Marie-Anne - Endométriose et une vie à construire.

Je m'appelle Marie-Anne et j'ai maintenant 25 ans. Bientôt 26 même.

En 1999 on a découvert que j'avais une endométriose. Le médecin m'avait alors dit qu'elle devait être là depuis un an et demi. Sur le coup j'étais soulagée parce que ce n'était pas un cancer. C'était tout ce que je voyais. Je ne savais pas alors dans quel engrenage je mettais le pieds.

Depuis, j'ai eu 6 interventions, dont 5 coelios et un curetage pour m'enlever un polype qui me faisait souffrir. J'ai eu deux traitements à base d'Enantone, qui n'ont eu aucun effet (si ce n'est 30 kg de plus en un an !! une dépression, des bouffées de chaleur, la peau complètement et irréversiblement fragilisée... des rechutes et tout le toutim...) du Lutényl, un stérilet (qui lui m'a fait plus de mal que de bien... merci doc !). J'en passe et des meilleures. Et même j'ai essayé l'homéopathie et l'acupuncture ... mais je ne m'y suis pas accrochée.

Dernièrement, j'ai eu un traitement à base de Lutéran. On vient de découvrir que je ne le supportais pas (ça me provoque des maux de tête terribles et des nausées encore pire). J'ai parfois l'impression que mon corps fait tout pour me rendre la tâche plus dure encore. Pendant longtemps j'ai détesté mon corps. A cause de ce qu'il me faisait endurer. J'avais vraiment l'impression que nous étions deux : mon corps et ma tête. Oui enfin je devrais dire trois, en comptant cet alien qu'est l'endométriose !! Et je ne faisais plus du tout attention à lui. Je ne l'écoutais plus. Et je crois qu'il a décidé de me faire comprendre, qu'en fait, le premier à plaindre c'était lui. Ben oui, ce n'est pas ma tête qui souffre, ce n'est pas elle qui est traumatisée après chaque opération, ou parce que je prends du poids (on est d'accord elle n'est pas ravie non plus !!). Ce n'est pas elle qui ne suit pas mes envies... Non elle au contraire elle voudrait bien faire comme d'hab', comme s'il n'y avait rien. Comme si je n'étais pas malade... Pourtant, je le suis.

Voilà bientôt un an que l'endo ne me lâche pas. Je souffre moins depuis quelques temps, mais je suis très fatiguée. Tout au long de cette année j'avais l'impression de faire un pas en avant, puis vingt-quatre en arrière ! J'ai parfois l'impression d'être un cobaye "bon ben on va essayer ça. Ah . Marche pas. pas 'rave, on va essayer ça ! Marche pas non plus ? Roh... Ben alors euh... on va faire ça..." Ca m'énerve bien sûr, mais en même temps c'est le seul moyen pour trouver ce qui me soulagera vraiment. Alors je me remonte les manches, et hop !

J'ai changé de médecin au printemps de cette année. Maintenant c'est une femme qui me suit. Et elle au moins ne me sort pas des phrases du type "ah ben sinon je peux vous enlever l'utérus et on n'en parlera plus !!" Ouais pas toujours très fins les docs... Elle est plus à l'écoute je pense. Je lui fais confiance pour m'aider. Je sais que le jour où nous serons arrivées à la limite de ses connaissances elle me le dira. Pour l'instant, nous essayons d'avancer.

Je vois aussi un psy. Depuis quelques mois seulement. J'aurais dû le faire bien avant. Et je ne saurais trop vous conseiller de le faire. Ca aide vraiment. En ce qui me concerne j'ai du mal à construire ma vie de femme parce que je ne peux pas me projeter dans mon avenir. Je n'arrive pas à imaginer de demander à un homme de venir vivre ça avec moi. Je n'arrive pas à avoir le courage d'envisager de construire une famille. C'est très dur d'avoir 25 ans, toute sa vie de femme à faire, et de commencer avec un tel handicap.

Pourtant, j'y arriverai. j'ai décidé une fois pour toutes que ma maladie aussi forte et anarchique soit-elle ne me ferait pas renoncer. Elle est incurable c'est vrai, mais pas mortelle !! Alors profitons-en !! J'ai compris que c'était en faisant équipe avec mon corps, en le bichonnant, et en l'aidant que j'y arriverai. Que nous y arriverons. Nous bouterons nous aussi les anglais hors de France ! Bon sang ! Quand je vois toutes ces personnes se battre pour des choses tellement plus terribles, je me dis finalement, c'est pas si mal. J'ai l'espoir de ne pas faire de rechute. J'ai l'espoir d'estomper assez la maladie pour ne plus en entendre parler. j'ai l'espoir de construire ma vie normalement, avec des enfants autour de moi, et pleins encore !! Des enfants de mon sang, et des enfants de mon coeur, ceux que j'adopterai un jour, de toutes façons. J'ai l'espoir de ne plus avoir à me reposer autant. De pouvoir porter des poids, de pouvoir courir, de pouvoir refaire de la danse. Et je sais que c'est en m'accrochant à tout ça que mon corps et ma tête iront mieux. Et peut être que dans quelques temps, ce ne sera plus qu'un mauvais souvenir...

En attendant, j'ai adopté une fois pour toute un adage que j'ai inventé : quand je vais bien j'en profite à fond, pour avancer, et quand elle revient, je prends patience, et je me remonte les manches... jusqu'à ce qu'elle reparte.

J'ai décidé de reprendre mes études cette année, je vais deux fois par semaine à la natation, et j'ai pris un appartement... Ma vie avance quand même. Et moi je serais heureuse quand même. Et elle, elle dégagera, vous pouvez me croire !!

Nous y arriverons toutes à force de ténacité, d'espoir et d'obstination. Il faut que nous soyons plus fortes et plus malignes qu'elle. Et surtout plus patientes. Croyez-moi nous y arriverons. Toutes.

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