Babette - Endométriose stade III, localisations multiples.
Bonjour à toutes,
Mon témoignage n'est pas très technique d'un point de vue médical, mais révèle
plutôt la douleur psychologique que j'ai ressentie face aux incertitudes et aux
angoisses, mais également face à la solitude dans laquelle je me suis enfermée
pendant près d'un an et demi, entre le moment où on a décelé qu'il y avait un
"problème " et jusqu'au début de cet automne.
Depuis mes premières règles, mes cycles ont toujours été très irréguliers variant
de 30 à 40 jours, 50 jours parfois. Mais pas de douleurs particulières, seulement
des problèmes gastriques, et des périodes de grande fatigue. Puis beaucoup de
problèmes de constipation et de ballonnements qui me paraissaient normaux
car beaucoup de femmes ont ce genre de pathologie. Et quand j'avais des règles
douloureuses, je me disais que c'était "normal", qu'il y avait beaucoup de
femmes qui souffraient pendant cette période, et certainement plus que moi.
Les vrais problèmes ont commencés en 1998.
Je faisais des coliques avec de forts spasmes le premier jour de mes règles et
après plusieurs jours de constipation. Heureusement, ces épisodes se faisaient
souvent le week-end ou en pleine nuit, ce qui ne m'empêchait pas d'aller travailler.
Et comme j'étais très souvent constipée, je ne pensais pas que c'était lié aux
organes de reproduction. A chacune de mes visites chez mon médecin traitant, il
me disait et redisait que je souffrais de colopathie, et qu'il n'y avait rien à
faire.
L'été 1999, j'ai eu pendant plusieurs semaines, une pointe de côté récurrente
avec ballonnements intempestifs. Ce médecin n'a trouvé rien d'anormal (seulement
en me palpant le ventre). Il m'a tout de même envoyé faire faire une
échographie, le seul mal que je pouvais avoir éventuellement c'était une
appendicite. Le médecin qui m'a fait l'échographie m'a dit avec un sourire
narquois que j'avais des gaz, et que tout était normal. A la suite de quoi, j'ai
commencé à ressentir que mon médecin ne croyait pas en mes douleurs et il me demandait
régulièrement si j'avais le moral, comme si toutes mes plaintes n'étaient pas
justifiées. A la fin, j'ai vraiment cru que j'étais une fille douillette et que
je n'avais rien. Du coup, j'allais voir ce médecin seulement si j'avais une
angine ou parce que j'avais besoin d'un arrêt de travail suite à une crise que
j'aurais eue une journée de travail.
Pour dire à quel point je n'écoutais plus mes douleurs, il y a eu une nuit
(en décembre 2000) où j'ai eu si mal au ventre que j'ai pensé partir aux
urgences, et je me suis ravisée car je savais que lorsque l'on allait aux urgences
à moins de baigner dans son sang, on est pris en charge des heures après. J'ai
donc préféré passer ces heures là dans mon lit. Mais j'ai surtout eu peur qu'on
me dise encore que je n'avais rien et qu'on me prenne pour une hypocondriaque ou
une déprimée chronique comme mon médecin. Lequel je ne suis pas allée voir non plus.
Une nuit de février 2001, j'ai encore eu ces douleurs insupportables. Vivant seule
je ne suis pas allée aux urgences. J'ai attendu le petit matin pour aller chez mon
médecin. Après une heure d'attente dans la salle d'attente (soit 5 à 6 heures
depuis le début de mes douleurs) et de stress car je savais que j'avais quelque
chose que je n'arrivais à définir, il me dit d'un ton exaspéré que je n'avais rien, et
que j'aurais moins mal si j'étais mon stressée ! J'étais pourtant au bord des
larmes tellement j'avais mal au ventre. Mais quand même, il m'a donné les
coordonnées d'un confrère spécialisé en gastrologie, au cas où ce serait une
appendicite sournoise. Encore ! Ca me rappelle quelque chose.
J'ai obtenu ma consultation chez ce spécialiste une semaine après et il m'a fait
une échographie. Il s'est attardé sur mon bas ventre en me demandant si j'avais
ce jour là mes règles (ce qui était exact), puis il m'a dit que j'avais un kyste
sur un ovaire et un "épanchement pelvien". "C'est quoi un épanchement pelvien ?",
ai-je demandé. Il n'a jamais voulu me dire. Il ne savait pas ce que j'avais soit
disant. Mais je devais absolument retourner chez mon médecin. Et voilà le début
de mes angoisses, car j'ai bien senti qu'il savait, mais que pour des raisons
obscures, il ne voulait pas me le dire. Et, j'ai dû attendre 4 à 5 jours avant
de revoir mon médecin traitant. Pas plus de réponses de sa part, il fallait aller
voir un gynécologue. J'ai donc pris directement rendez-vous chez un chirurgien
en obstétrique qui consulte et pratique en clinique : soit encore deux mois
d'attente. Entre cette fameuse nuit où j'ai super douillé et ma consultation en
clinique, il s'est passé 2,5 mois ! Je ne vous dis pas les moments d'angoisse
et de peur que j'ai pu avoir ! Je savais que j'avais quelque chose et que
c'était lié à l'utérus et aux ovaires. Inutile de vous dire que toutes les idées
vous traversent l'esprit. J'avais même commencé à me dire que je ne connaîtrais
peut être pas la maternité !
Donc début mai 2001, après avoir décrit mes symptômes, et après un examen
gynécologique classique, le gynécologue (clinicien) a tout de suite trouvé la cause.
Enfin... C'est tout de même rageant de constater que ce fut si simple de diagnostiquer
l'endométriose. J'en avais tous les symptômes ! Paradoxalement, j'étais contente :
j'avais une maladie et c'était normal de souffrir. Et j'étais d'autant plus ravie
que même si je n'avais pas compris ce qu'était l'endométriose (un nouveau mot dans
mon vocabulaire), ce même médecin me dit que même si c'est une maladie dont on ne
savait pas comment elle se déclarait, on savait la guérir et que ce n'était pas grave
(ce sont ses propres mots) ; et comble du bonheur, je n'aurai plus tous ces
problèmes de ballonnements, de constipation, etc.
Comment peut-on dire à un patient que la maladie dont on est atteint n'est pas grave
et qu'elle se guérit très bien ? Sur le coup on est ravi, mais la chute est plus dure !
Le rendez-vous pour la coelioscopie est donc pris pour début juillet 2001 (encore
deux mois de perdu). Au moins, et c'est l'avantage, j'ai passé deux mois super
heureuse : j'avais une maladie qui se guérissait et qui ne m'embêterait plus.
Je suis donc rentrée à la clinique la bouche en cœur pressée de me faire opérer.
La coelioscopie, m'avait-on dit, devait être faite juste pour vérifier que je
souffrais réellement d'endométriose avant de m'administrer un traitement et
enlever le kyste à un de mes ovaires.
Bilan de l'opération : endométriose en stade 3. On m'avait enlevé un demi-litre
de nodules qui s'étaient propagés partout partout et un ovaire qui avait doublé
de volume, mais il restait encore beaucoup de nodules parce que le gynéco n'avait
pas pu tout enlever en une seule fois au risque de générer des hémorragies internes.
Cependant, ce gynéco (clinicien) a reconnu que mon endométriose était bien plus
sévère qu'il ne l'avait cru lors de ma consultation de mai. Il m'a donc prescrit six
mois de traitement sous Enanthone, et un retour en clinique dans six mois
pour enlever le reste des nodules.
Je suis rentrée chez moi deux jours après confiante malgré tout, mais j'ai commencé
à me poser questions sur questions les jours suivants. J'avais eu une opération
concernant une maladie inconnue dont je ne connaissais même pas l'orthographe.
Plus les jours passaient, plus je m'interrogeais, et plus mon moral baissait
aidé par Enanthone (dont la première piqûre me fut faite deux jours après
ma sortie de clinique).
C'est donc dans un supermarché, au rayon librairie, à peine une semaine après ma
coelioscopie, que j'ai appris dans les grandes lignes ce qu'était l'endométriose !
Et les mots que j'y ai trouvés sont : stérilité, hystérectomie, rapports sexuels
douloureux, pas de guérison avant la ménopause !
En septembre 2001, j'ai eu ma visite médicale annuelle à la médecine du travail, la
première réaction du médecin quand je lui ai dit m'être fait opérée pour de
l'endométriose, c'est : "on vous a fait une hystérectomie ?". Le choc !
Pourquoi, c'est courant ? Quand on n'a eu aucune explication "valable"
d'aucun médecin, on panique.
Je revois mon gynéco (clinicien) quelques jours après, l'examen gynécologique
fut hyper douloureux. C'est normal, m'a-t-il dit, c'est le vagin qui s'est atrophié
à cause du traitement (par manque d'oestrogènes) et que les relations sexuelles
ne sont pas appropriées. Le choc (encore) ! Je me ferme donc à toute rencontre
amoureuse, et j'en veux à la terre entière de subir autant d'injustice. Déjà qu'en
"temps normal" je n'avais pas eu beaucoup de chance en amour alors si en plus
physiquement j'étais "handicapée"... c'en était trop. Sur le coup, je me suis
demandé pour quelles raisons je devais continuer de vivre.
J'arrive à prendre un rendez-vous en urgence chez ma gynécologue de ville pour le
surlendemain. Elle me rassure en me disant que si je rencontrais quelqu'un au cours
de mon traitement, il existait des applications locales pour permettre des relations
sexuelles harmonieuses. Mais le mal était fait. J'avais fait une croix sur l'amour
(sentimental et physique).
En l'espace de deux mois, ma maladie "pas grave" et qui "se soigne très bien" s'est
transformée en une maladie qui ne se guérit pas et qui vous gâche la vie. Quelle
sera la prochaine mauvaise nouvelle et de quelle manière vais-je l'apprendre, me
suis-je demandé.
Pourquoi, le gynécologue clinicien qui a découvert mon endo et qui m'a opérée, ne
m'a pas expliqué dès le début, calmement dans son bureau, les tenants et aboutissants
d'une telle maladie ?
En plus, juste avant cette chute de l'abîme du désespoir, j'avais appris qu'une de
mes tantes du côté maternel était atteinte d'un cancer du sein et qu'elle se l'était
fait retirer (alors que sa mère, ma grand-mère maternelle, en est morte). Autre choc.
J'étais sûre que cette maladie était en moi et allait se manifester tôt ou tard.
Pourquoi essayer de se battre contre une maladie (l'endométriose) pour un jour devoir
se battre contre une autre bien plus grave ?
Avec l'endo et cette mauvaise nouvelle, c'est toute ma féminité qui a été atteinte, tout
ce qui faisait de moi une femme était malade ou allait l'être (potentiellement). J'avais
deux épées de Damoclès au-dessus de la tête. Mais malgré tout, j'ai tenu le coup et
je ne sais pas comment.
Au fait, j'avais revu mon fameux médecin traitant quelques temps après ma première
coelioscopie. Vous n'allez pas me croire, mais lorsqu'il a eu le compte-rendu de
l'opération, je lui ai demandé ce qui y était indiqué, il a été très vague et m'a
dit bien gentiment que mon cas n'était pas grave, par contre il avait une autre
patiente qui avait de l'endométriose également, mais que "Elle", son cas était plus
grave que le mien. Mince alors, j'avais une endo en stade III disséminée partout
et je n'avais toujours pas le droit de me plaindre. Je ne suis jamais retournée chez lui...
Les six premiers mois sous Enanthone ne furent pas faciles à vivre à cause
des effets secondaires tels que : insomnie, déprime latente et crises de larmes
inexpliquées, grosse fatigue, ou bouffée de chaleur, mais ils furent supportables.
J'arrivais à prendre mon mal en patience.
Mi décembre 2001, ma seconde coelioscopie. Résultat : le traitement a bien marché.
Le gynéco (clinicien) a encore enlevé des nodules, mais il n'a pas pu tout enlever.
Verdict : encore six mois d'Enanthone ! Je ne l'ai pas supporté.
Le lendemain matin, quelques heures avant de sortir de clinique j'ai craqué. Je
n'avais plus la force psychologique de continuer. J'avais tenu le coup jusqu'ici
malgré plusieurs périodes de déprime, mais j'ai senti que ma force morale avait cédé.
Je suis quand même sortie de clinique seule avec ce fardeau et six autres mois de
galère que je pressentais d'avance difficiles et douloureux.
On t'opère, on te donne un traitement pour que ton corps aille mieux... mais moi ?
On fait quoi de mon mal être ? Alors j'ai fait celle qui allait bien, je ne me
suis jamais plainte et j'allais travailler chaque matin en espérant tenir le coup
(physiquement et psychologiquement) jusqu'à la fin de la journée...
Durant ce deuxième semestre sous Enanthone, j'ai été si fatiguée que j'avais
régulièrement des vertiges, j'avais une tension qui oscillait entre 10 et 10,5,
des nausées (que j'ai eues encore après la fin d'Enanthone), et un taux en
ferritine largement en dessous des normes. Et malgré un traitement en fer, mon taux
n'est pas remonté, au contraire il a continué à baisser. Commentaire de mon
nouveau médecin traitant : "c'est bizarre". C'était la première fois de ma
vie que j'ai acheté des produits alimentaires enrichis et caloriques pour ne pas
dépérir... tout en perdant du poids !
Début avril 2001, j'ai appelé le secrétariat du gynécologue de la clinique parce
que je n'en pouvais plus. Venant de me faire injecter ma quatrième piqûre
d'Enanthone, la secrétaire m'a dit qu'il n'y avait rien à faire et qu'il
était trop tard, j'aurais dû appeler avant cette dernière injection. Elle voulait
bien me donner un rendez-vous mais ce serait que dans un mois et demi, et cela ne
servirait à rien sauf à "voir le médecin, pour voir le médecin" a-t-elle dit. J'ai
donc refusé, l'attente était trop longue et je serais arrivée à la fin quasiment
du traitement. Je l'ai rappelé 15 jours après pour demander si elle connaissait
une association qui regroupait des femmes ayant la même maladie. Elle a ricané
en disant que l'endométriose touchait beaucoup de femmes, que ce n'était pas une
maladie grave et qu'il n'existait pas d'association.
Les jours des mois de mai et juin 2001, furent des mois où j'ai cru que je n'allais
jamais réussir à survivre jusqu'à la fin du traitement. J'étais physiquement et
psychologiquement épuisée. Cela faisait presque un an que je me battais seule, et
c'est très difficile de n'avoir que soi-même que soutien.
Mi-juin j'ai eu une douleur fulgurante au ventre. J'ai pu avoir un rendez-vous
dans les deux jours à la clinique (grâce au désistement d'une autre patiente).
La consultation a duré 10 minutes, et les conclusions du gynéco ont été que j'avais eu
des gaz. Je suis restée perplexe. J'étais sûre qu'il se trompait, et j'ai angoissé
pendant des semaines, avec la peur au ventre. A la fin de cette furtive
consultation, je lui ai demandé ce que je devais faire à la fin du traitement
pour l'endométriose : rien, je devais revenir le consulter à la fin de l'année.
Et c'est tout docteur ? Il n'y a rien faire d'autre, aucune mesure de prévention ?
Aucun suivi médical particulier ? Eh non ! Comme s'il n'y avait que moi qui
savait à quel point l'endométriose pouvait être grave !
Mi-août, je vais consulter ma gynéco de ville pour un deuxième avis médical. J'en
suis ressortie déprimée, l'examen gynécologique avait été douloureux (au niveau du
col de l'utérus), alors qu'à présent il n'y avait plus de raison (je n'étais plus
sous influence d'Enanthone et donc plus de sécheresse vaginale), et je n'ai
pas eu plus d'explication à part le fait que je n'avais pas de grosseur au niveau du
col de l'utérus. Aujourd'hui, je ne sais toujours pas d'où provient cette douleur.
Je suis quand même ressortie avec un traitement hormonal à prendre entre mes cycles, mais
à ma demande. Encore une consultation qui m'a déprimée et fortement angoissée.
Les idées noires sont alors arrivées au galop : j'allais avoir ces douleurs
toute ma vie, et je ne pourrais plus jamais avoir de relations sexuelles avec un
homme. Et comment peut-on envisager une relation avec un homme avec la peur et/ou
la certitude de ne pas pouvoir avoir de relations sexuelles sans douleur ?
Comment rester ouverte aux rencontres ? C'est impossible de se projeter dans
la vie positivement dans cet état d'esprit. Aujourd'hui, la crainte de ne pas avoir
un jour de bébé est dépassée, elle a été supplantée par une autre crainte plus
terrible : celle de passer le reste de mes jours seule. Déjà en "temps normal", on
se demande si on va rencontrer notre deuxième moitié (même pour quelques années), mais
là, il faut avoir un moral d'acier et une volonté à toute épreuve pour rester positive !
Au fait, à ma dernière visite médicale annuelle à la médecine du travail, vous savez
ce que le médecin du travail m'a dit (ce n'était pas le même que l'année dernière pourtant) :
"vous savez qu'une femme sur huit est susceptible d'avoir un cancer du sein". No comment...
Alors que je ne lui ai rien demandé, ni avoué qu'il y avait eu un deuxième cas de
cancer du sein dans la famille !
Voilà, voilà... J'ai essayé de vous relater mon parcours qui s'est fait dans la
souffrance, l'incompréhension, l'angoisse, la peur de ne pas avoir une vie
normale, et dans la solitude. Car sans soutien familial, sans soutien d'un
conjoint, juste une copine ou deux... et encore.
Je n'ai pas insisté sur la douleur que j'ai eu à faire mon deuil d'être mère un
jour, tout en étant quotidiennement entourée de femmes enceintes et de jeunes
mères de bébés. Car c'est un sujet que vous connaissez toutes autant que moi, et
en fait, depuis peu ce n'est plus ma priorité.
Au jour d'aujourd'hui, mon seul but est de stabiliser mon endo, et de trouver le
bonheur à deux. Et c'est en toute sérénité que j'ai accepté de ne pas connaître
la maternité un jour. Je dois avouer que j'ai fait un énorme travail sur moi-même
(surtout ces deux derniers mois), et j'espère ne jamais re-connaître la déprime qui
m'a suivie tout au long de mon traitement.
Merci à toutes celles qui ont su me réconforter depuis que je viens sur le site, et
plus particulièrement à Alexandra, Caroline et Sylvie (les adhérentes de ma région)
qui ont su m'apporter beaucoup de réconfort ces derniers temps. Malheureusement,
j'ai connu le site d'Endofrance qu'à la fin de mon traitement (c'est-à-dire cet été).
Longue vie à l'Association EnfoFrance, et MERCI à ses fondatrices.
Bises et courage à toutes les filles.
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