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ENDOMETRIOSE ET INFERTILITE
Jean-Luc POULY Arnaud WATTIEZ Gerard MAGE CHU Clermont Ferrand Juin 2003 Les relations entre l'endométriose et l'infertilité sont le sujet de nombreuses controverses parmi les médecins et de nombreuses angoisses parmi les patientes jeunes que cette maladie concerne. Le bilan d'une infertilité est une circonstance de découverte fréquente de l'endométriose, et l'infertilité est une des conséquences possibles de l'endométriose. A / Notions épidémiologiques Les études épidémiologiques confirment les relations entre endométriose et infertilité. La fréquence de l'endométriose varie en fonction de l'indication opératoire. Les données d'une revue récente de la littérature sont présentées dans le tableau 1 (1). Tableau 1
Par ailleurs il faut noter :
Ces chiffres restent imprécis en raison de la grande variabilité des populations étudiées et des nombreuses manières dont le diagnostic d'endométriose peut être posé. La technique chirurgicale est importante, la visualisation du pelvis est de moins bonne qualité si l'inspection est réalisée par laparotomie que par cœlioscopie. Le cœlioscopie permet de grossir de 4 à 10 fois les régions que l'on inspecte. L'expérience de l'opérateur, les critères de diagnostic (examen histologique systématique ou diagnostic visuel simple) sont également importants (Tableau 1). B / Mécanismes de l'infertilité associée à l'endométriose Il existe deux situations. Les patientes qui présentent des lésions annexielles bilatérales avec des adhérences et/ou des kystes ovariens. Dans ce cas, la stérilité est dite " mécanique " liée aux troubles du fonctionnement ovarien et tubaire induits par ces lésions. Figures 1, 2 et 3
Chez les patientes qui présentent une forme minime ou légère de la maladie (Figure 4, 5 et 6 ci-dessous) ou des lésions unilatérales, la stérilité n'est pas dû à des problèmes mécaniques. Figure 4, 5 et 6
De très nombreux mécanismes ont été proposés pour expliquer l'infertilité (Tableau 2). Ces mécanismes physiopathologiques ont fait l'objet de publications nombreuses et souvent contradictoires. Toutes les étapes de la reproduction ont été étudiées. On peut les regrouper en 4 groupes de cause. (2) Tableau 2 : Mécanismes de l'infertilité liée à l'endométriose Troubles de l'ovulation
Malgré ces travaux très nombreux, le rôle de l'endométriose minime et légère dans l'infertilité reste discuté. Les études expérimentales les plus récentes suggéraient que cette forme de la maladie n'a pas d'impact sur la reproduction. Ainsi D'Hooghe notait dans un travail sur les babouins, un taux de grossesse par cycle de 21% (22 grossesses / 104 cycles) dans le groupe contrôle, 24% (11/45) dans le groupe avec une endométriose minime, 11,6% (8/69) dans le groupe avec une endométriose légère, 11,4% (5/44) dans le groupe avec une endométriose modéré et de 16,7% (4/24) dans le groupe avec endométriose sévère (Tableau 3). Il n'existait pas de différence entre la fertilité du groupe contrôle et celle du groupe avec endométriose minime. (3) A l'inverse la fertilité était significativement plus basse parmi les animaux qui avaient une maladie de Stade II, III ou IV. (3) Tableau 3 : Fertilité spontanée chez le babouin en fonction du stade de l'endométriose
Ce travail confirme le rôle des lésions mécaniques induites par la maladie, mais suggère que l'endométriose minime n'est pas chez le babouin une cause d'infertilité. (3) Ces données confirmaient les travaux de Dunselman qui en l'absence d'adhérences ne retrouvait pas non plus de relations entre endométriose et reproduction chez le lapin (Tableau 4 plus bas). (4) Ces notions expérimentales ont été contredites par les résultats de l'étude endocan. Avant de revenir sur cette étude nous voulons souligner ici que le terme d'endométriose péritonéale minime reste assez imprécis et qu'il peut correspondre à des formes très diverses de la maladie. Figure 7 et 8
Les deux images présentées illustrent cette différence. Dans un cas, la surface péritonéale concernée correspond à quelques millimètres dans l'autre plus du 1/3 de la surface du pelvis est concerné. Dans un cas, les lésions noires paraissent éteintes dans l'autre les lésions sont hémorragiques très actives. Le bon sens suggère que les conséquences de ces deux lésions péritonéale ne sont pas les mêmes et que leurs conséquences sont très différentes. L'étude Endocan était une étude multicentrique qui incluait 341 patientes âgées de 20 à 39 ans (5). Ces patientes qui présentaient une infertilité primaire ou secondaire de plus de 12 mois avaient une ovulation normale et un partenaire dont le spermogramme comportait 20 millions de spermatozoïdes normaux. Le diagnostic d'endométriose était porté lors de la cœlioscopie de fin de bilan en présence de lésions endométriosiques typiques noires ou bleues. Figure 9
La biopsie de ces lésions n'était pas réalisée. Les lésions étant de petite taille, une biopsie aurait constitué un traitement quasi complet dans certains cas. La randomisation avait lieu lors de la cœlioscopie, le traitement était réalisé immédiatement après le résultat de la randomisation. La technique chirurgicale du traitement était décidée par le chirurgien en fonction de sa pratique et des instruments disponibles. Les patientes étaient suivies pendant 36 semaines. Aucun autre traitement de la maladie n'a été administré pendant cette période. Seules les grossesses évolutives au-delà de 20 semaines ont été prises en compte. 172 patientes ont été incluses dans le groupe traitement coelioscopique et 169 dans le groupe sans traitement chirurgical. Les taux cumulatifs de grossesse étaient respectivement de 30,7% dans le groupe traité et de 17,7% dans le groupe non traité (P=0,006). Cette étude comporte un certain nombre de défauts qui la rende discutable :
C / Données bibliographiques sur la prise en charge de l'infertilité associée à l'endométriose
Le concept d'évidence based medicine guide actuellement la prise en charge des patientes qui consultent pour stérilité. La décision médicale doit être basée sur les données établies à partir des études dont la méthodologie est la meilleure. Les études prospectives randomisées sont les meilleures sur ce plan, elles peuvent ensuite être analysées de manière globale dans le cadre de méta analyses. Dans ce cadre les conclusions sur les traitements de l'endométriose dans le cadre de l'infertilité sont les suivantes :
D / La prise en charge clinique Le bilan d'infertilité doit être complet. La prise en charge est celle de l'infertilité avant d'être celle de l'endométriose. Elle dépend des valeurs du spermogramme, de la qualité de l'ovulation et de l'age de la patiente autant que de la sévérité de l'endométriose. Pour cela un bilan complet doit comporter :
A l'examen clinique, il faut inspecter soigneusement le col (Figure 10) et le cul de sac postérieur du vagin où l'on peut voir une raideur, une rétraction ou les lésions kystiques bleutés parfois visibles à la surface d'une zone qui paraît bourgeonnante. Le toucher vaginal est essentiel, il palpe soigneusement tous les cul-de-sac vaginaux avant d'examiner les annexes et l'utérus. Les lésions infiltrantes sont palpables si leur volume atteint 1 cm diamètre. Sinon le toucher vaginal reproduit une douleur que la patiente connaît pour l'avoir ressenti de manière occasionnelle lors de rapports sexuels dans certaines positions qu'elle évite depuis. Il est plus rare de percevoir un kyste ovarien. A l'inverse, les lésions ovariennes sont mises en évidence à l'échographie endovaginale. Le dépistage de ces kystes endométriosiques est le principal intérêt de l'échographie dans le cadre de l'infertilité. Mais ces images de kystes liquidiens à contenu ne sont définitivement interprétables que si elles persistent après les prochaines règles. Plus de 1/3 des kystes hémorragiques de l'ovaire sont des kystes fonctionnels qui ne justifient ni traitement, ni intervention. L'hystérographie évalue la perméabilité tubaire et peut retrouver des signes indirects d'endométriose péritonéale : image en baïonnette du col et de l'isthme que l'on ne peut pas modifier par une traction sur le col ; image en parasol de l'utérus rétroversé et rétrofléchi par des lésions rétrocervicales ; rétention intra-tubaire du produit de contraste qui stagne dans l'ampoule tubaire sur les clichés tardifs du fait d'adhérences ou d'anomalies du péristaltisme tubaire. E / Le bilan chirurgical du pelvis Si l'infertilité reste inexpliquée ou mal expliquée à la fin de ce bilan, il faut théoriquement faire un bilan anatomique du pelvis. Aujourd'hui nous disposons de deux modalités pour faire ce bilan la cœlioscopie ou la fertiloscopie. La cœlioscopie est réalisée sous anesthésie générale, on introduit par l'ombilic une optique de 3,5 ou 10 mm. Pour être complet, cet examen doit utiliser une canulation utérine efficace et un palpateur sus pubien. Il faut inspecter complètement le cul-de-sac de Douglas, mobiliser les trompes pour évaluer tout leur trajet, inspecter les deux faces de l'ovaire, ponctionner tout ovaire augmenté de volume et enfin réaliser un toucher vaginal sous contrôle endoscopique qui va recherche des lésions infiltrantes du cul-de-sac postérieur. Si l'endométriose est évoquée, deux éléments sont alors indispensables :
Le bilan endoscopique du pelvis est-il indispensable si tous les examens du bilan initial sont normaux ? La réponse traditionnelle est oui. Mais on peut aussi envisager la réponse d'une autre manière, en particulier si la patiente est réticente à l'intervention. En effet si tous les éléments sont normaux, on peut penser qu'il s'agit d'une endométriose minime ou légère. Dans ce cadre faire la cœlioscopie c'est admettre que le traitement endoscopique apporte un bénéfice à la patiente ce qui est probable au vu des résultats de l'étude Endocan. Mais cette étude n'est pas indiscutable et l'on peut se demander si le bénéfice obtenu par ce traitement chirurgical est supérieur à celui que l'on obtiendrait en réalisant trois cycles de stimulation ovarienne avec inséminations intra-utérines, traitement astreignant et qui comporte un risque de grossesse multiple mais qui permet d'éviter une intervention chirurgicale. Nous avons déjà dit que la réalisation de l'évaluation chirurgicale du pelvis devrait faire l'objet d'une étude randomisée. En l'absence des résultats d'une telle étude, il faut continuer de proposer l'endoscopie aux patientes, mais il faut savoir accepter que cette attitude n'est pas indiscutable. Chez les patientes qui ne souhaitent pas d'intervention et qui ont compris et accepté les risques et les conséquences des grossesses multiples, il faut savoir accepter le choix des patientes et envisager la mise en œuvre d'inséminations intra-utérine. F / Les Traitements
But : Obtenir la naissance d'un enfant. Les traitements médicaux sont détaillés ailleurs. Schématiquement ils visent à obtenir un blocage de l'ovulation, une hypoestrogénie locale et une aménorrhée. Tous conduisent à une infertilité thérapeutique provisoire qui fait qu'il sont peu utilisés chez les patientes qui désirent une grossesse. Nous avons vu plus haut que le traitement médical postopératoire n'améliore pas la fertilité. Il n'est donc pas utile sauf s'il existe une cause permanente d'infertilité oligozoospermie extrême ou azoospermie. Le traitement médical serait alors proposé dans l'attente de la première tentative de PMA, même si ce protocole de stimulation dit ultra long n'a pas été évalué complètement dans des études randomisées. L'autre indication du traitement médical est la préparation du traitement coelioscopique des lésions sévères (kystes ovariens, lésions de la cloison recto vaginale). Cette attitude suppose deux temps opératoires, un temps diagnostic et un temps thérapeutique. Le bénéfice théorique paraît attractif, geste chirurgical plus simple réalisé sur des ovaires au repos, geste chirurgical moins traumatique et moins étendu, saignement moindre…… Cependant le bénéfice en terme de grossesse n'a jamais été démontré par une étude randomisée. Le traitement chirurgical Les données des méta-analyses montrent que le traitement endoscopique est aussi efficace que le traitement conventionnel par laparotomie lorsqu'il état réalisé selon les règles de la microchirurgie (6,7). Ce traitement endoscopique peut être difficile. La chirurgie des formes sévères de l'endométriose etait souvent difficile par laparotomie, elle n'est pas plus simple par voie endoscopique. Le traitement endoscopique doit suivre toutes les règles de microchirurgie et être atraumatique pour être efficace. Si le traitement paraît trop complexe du fait du volume des lésions ou de leur caractère hémorragique, la laparotomie n'est pas la solution !! Il vaut mieux arrêter l'intervention et prévoir de la poursuivre 3 mois plus tard après un traitement médical. La laparotomie n'est pas la réponse à ces difficultés, elle ajouterait un traumatisme supplémentaire au péritoine. De même en cas de complication de l'endométriose, telle que la rupture d'un kyste endométriosique de l'ovaire, le seul geste indispensable en urgence est la réalisation d'une toilette péritonéale soigneuse. Si le traitement du kyste est possible, il faut le faire ; s'il paraît trop difficile, il vaut mieux le différer et le réaliser après un traitement médical. La technique du traitement endoscopique a été décrite par ailleurs. Dans le cadre de l'infertilité, le but est la restauration d'une anatomie aussi normale que possible au niveau des annexes, et le traitement des lésions intra-péritonéales pour permettre de reconstituer une cavité péritonéale normale. Les lésions superficielles seront coagulées avec la coagulation bipolaire ou vaporisées avec un laser CO2 si cet instrument est disponible. L'adhésiolyse doit être complète, la prévention de la récidive des adhérences doit être un souci constant. Il faut si possible utiliser un des traitement actuellement disponible pour la prévention de la récidive des adhérences. La prise en charge des kystes ovariens est réalisée soit par kystectomie soit par vaporisation laser après traitement médical de trois mois pour les lésions les plus volumineuses.(10,11) Ces deux approches sont équivalentes en termes de fertilité et de séquelles ovariennes. Ces deux méthodes ne semblent pas modifier le recrutement ovocytaire lors de PMA réalisées après traitement chirurgical initial. La technique de kystectomie a été décrite en détail. Elle doit être bien connue, il faut suivre les règles suivantes. Un examen histologique est indispensable. La kystectomie complète ne justifie pas la destruction de l'ovaire, il faut donc éviter les traumatismes inutiles du parenchyme ovarien en sachant reconnaître le moment ou le plan de clivage devient difficile à suivre. A ce moment-là, une technique approximative pourrait induire des dégâts importants, en effet si l'on déchire le parenchyme sain à proximité du hile, on peut induire un saignement dont le traitement impose des coagulations qui endommagent l'ovaire. Figures 11a et 11b
Légende : Deux image de dissection d'un endométriome ovarien. Les fibres rouges à la surface du kyste montrent que le plan de clivage devient difficile à suivre. En recherchant le plan sur le kyste, on retouve un plan de clivage et on limite les dégats ovariens. Les techniques de procréation médicalement assistée Toutes les techniques de procréation médicalement assistée sont utilisées dans le cadre de l'endométriose. Leur technique et leurs modalités ne diffèrent pas dans ce cadre (12). Tableau 4 : Résultats de la Fécondation in Vitro dans l'endométriose
Tableau n°5 : Résultats de la FIV en fonction du rang de la tentative
Tableau n°6 : Resultats de la FIV en fonction du stade initial de l'endométriose lors de la colioscopie de diagnostic et de traitement
Tableau 7 : Comparaison de l'endométriose avec les autres indications de FIV
La PMA une méthode très intéressante dans le traitement de la stérilité associée à une endométriose. Mais il faut prendre en compte le pourcentage non négligeable de patientes que ces méthodes effraient ou rebutent et qui ne souhaitent pas les utiliser. Le pourcentage de patiente qui abandonnent tout traitement après chaque tentative est voisin ou proche du pourcentage de patiente qui ont obtenu une grossesse normalement évolutive. Ces échecs de la FIV doivent aussi être pris en compte au moment de proposer une prise en charge de l'infertilité. Il n'est pas logique de proposer la PMA comme la seule alternative. En tenant compte de ces éléments et des données de l'évidence based medicine, nous utilisons la prise en charge décrite dans la Figure 12.
Cette attitude thérapeutique assez agressive nous a permis d'obtenir les résultats présentés dans les tableaux 8 et 9. Tableau 8 : Pourcentage d'accouchement obtenus dans une étude prospective de 269 patientes prise en charge pendant une période de 4 ans.
* L'age apparaît comme le seul facteur qui influence significativement le pronostic dans le cadre de cette prise en charge Tableau 9: Résultats de la FIV parmi 179 patientes qui n'ont pas obtenu d'accouchement après la chirurgie
Environ 50% des patientes incluses dans une étude prospective de 4 ans ont eu un enfant. Ce travail a été mené il y quelques années. On peut penser que les résultats sont aujourd'hui légèrement meilleurs du fait de l'amélioration des techniques de PMA. Le taux d'accouchement peut paraître faible, mais il doit être interprété en fonction du pourcentage élevé de patientes qui refusent les cycles itératifs de FIV. Les progrès de la PMA ne doivent pas interrompre les recherches dans les autres méthodes telles que la chirurgie. Conclusion L'infertilité est un problème fréquent dans le cadre de l'endométriose. Les mécanismes qui expliquent l'infertilité restent mal compris. Cette notion est capitale, elle nous impose une démarche pragmatique dans la prise en charge de ces patientes. Le but est la naissance d'un enfant, pas le traitement de l'endométriose. Nous disposons de méthodes efficaces pour traiter ce problème d'infertilité. La meilleure prise en charge doit combiner chirurgie et PMA, mais il est évident que cette attitude doit être adapté aux souhaits et à la personnalité du couple. De très nombreuses études sont nécessaires pour répondre aux nombreuses questions aujourd'hui sans réponse. Le rôle des patientes dans la mise en place de telles études sera peut-être important dans l'avenir. Les difficultés d'inclusion dans ces études paraissent tellement importantes aux médecins qu'ils se découragent souvent avant même de commencer à écrire le protocole d'études par ailleurs complexes sur le plan méthodologique et statistique. Bibliographie :
(1) Eskenazi B, Warner ML. Epidemiology of endometriosis. Obstet Gynecol Clin North Am. 1997 Jun;24(2):235-58.
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