Avis d’Expert : Le Pr Peter Von Théobald, CHU de Saint-Denis de la Réunion, répond aux questions des patientes

//Avis d’Expert : Le Pr Peter Von Théobald, CHU de Saint-Denis de la Réunion, répond aux questions des patientes

Avis d’Expert : Le Pr Peter Von Théobald, CHU de Saint-Denis de la Réunion, répond aux questions des patientes

A l’initiative de Mahéva, représentante de l’association EndoFrance sur l’île de La Réunion, le Pr Von Theobald, Chef du service Gynécologie et Obstétrique du CHU de Saint-Denis, Membre du Comité scientifique d’EndoFrance a répondu aux questions des patientes sur l’endométriose.

  •  Qu’est-ce que l’endométriose ?

 L’endomètre est la muqueuse (la peau) qui tapisse la cavité utérine. Normalement, cette muqueuse s’épaissit sous l’influence des œstrogènes sécrétés par les ovaires. Les ovaires sécrètent des œstrogènes dans le sang pendant 3 semaines par cycle, puis cessent toute activité pendant une semaine. L’endomètre n’est alors plus stimulé et la muqueuse se détache, tombe, induisant ainsi un saignement appelé « règles ».

Des fragments de cette muqueuse peuvent se localiser dans la cavité abdominale : sur le revêtement interne de la cavité abdominale (péritoine), sur les intestins (colon, grêle), en profondeur sous le péritoine, au niveau des ligaments utéro-sacrés (qui attachent l’utérus au bassin), du vagin, de la vessie et du rectum, ou encore dans les ovaires. C’est ce qu’on appelle l’endométriose.

 L’endométriose péritonéale est assez fréquente. Les lésions se situent le plus souvent dans le petit bassin, (en arrière de l’utérus) mais elles peuvent siéger partout dans l’abdomen. Lorsque ces lésions saignent pendant les règles, elles sont douloureuses et deviennent des surfaces cruentées (écorchées), qui vont cicatriser en se rétractant et en s’accolant aux lésions voisines. Ainsi s’expliquent les douleurs pendant les règles, les rétractions et les « adhérences » pelviennes. Lorsque les trompes sont impliquées, elles sont déformées, abîmées et souvent bouchées par ces phénomènes.

L’endométriose ovarienne, fréquente elle aussi, entraîne la formation dans l’ovaire « d’endométriomes », collections de sang émis lors des règles par l’endomètre localisé dans les ovaires. Ce sang ne pouvant s’écouler librement dans la cavité péritonéale, s’accumule dans un « kyste » qui s’agrandit à chaque nouveau saignement, entraînant là encore des douleurs pendant les règles.

L’endométriose profonde est plus rare, mais le plus souvent plus difficile à soigner. L’atteinte des ligaments rétro-utérins et/ou du rectum peut se traduire par des douleurs pelviennes permanentes à recrudescence menstruelle, des douleurs lors des rapports ou lors de la défécation. Lorsque les lésions sont encore plus profondes, peuvent survenir des saignements par le rectum ou la vessie pendant les règles et des compressions des uretères (qui amènent l’urine des reins à la vessie) avec des douleurs évoquant une colique néphrétique. L’atteinte intestinale peut également donner des douleurs à type de colique, voire une occlusion. Une atteinte des nerfs du petit bassin est possible. Le nerf sciatique par exemple peut être envahi et donner lieu à des douleurs typiques. Les nerfs commandant la vessie sont aussi parfois atteints, ce qui engendre des problèmes pour uriner.

  •  Quelles sont les causes de l’endométriose ?

 L’étiologie (étude des causes et des facteurs d’une maladie) de l’endométriose est  mal connue dans l’état actuel des connaissances médicales. Il y aurait 30% d’endométriose d’origine génétique (chromosomique), des facteurs exogènes (facteurs extérieurs : alimentaire, ensoleillement, pesticides) mais aucune certitude pour le moment. C’est une maladie multifactorielle.

  • Comment déceler l’endométriose chez les jeunes  filles en puberté ?

 Le plus souvent par des douleurs pelviennes de plus en plus importantes pendant les règles (algoménorrhée), plus rarement des douleurs permanentes. Celles-ci résistent aux antalgiques simples : paracétamol ( Doliprane, Efferalgan) , ibuproféne (Antadys…) et à la mise sous pilule contraceptive.

  •  Quelles sont les suites d’une cœlioscopie opératoire, en combien de temps se rétablit-on ?

 S’il n’y a pas de complications sur une cœlioscopie opérationnelle, on peut faire une sortie le lendemain. Les complications graves liées à l’opération  sont de 1/10 000. Le retour à une activité normale dépend des actes opératoires qui ont été effectués et du terrain de la patiente (autre problème de santé). Il y a en moyenne une prescription entre 15 jours et 1 mois d’arrêt maladie. Dans le cas d’une cœlioscopie de diagnostic, on reprend une activité normale entre 2 et 3 jours.

  •  Quel risque de récidive de l’endométriose ?

 Si l’exérèse de l’endométriose est complète il y a 85% de non récidive à 5 ans. Dans le cas inverse il y a récidive. Seul un traitement complet offre les meilleures chances d’éviter une récidive de l’endométriose.

  •  Quelles sont les chances de tomber enceinte par FIV ou naturellement après une cœlioscopie pour une endométriose stade 4 digestive ?

 Sur un stade 4 d’endométriose avec une cœlioscopie opératoire avec 3 mois de décapeptyl pré et post opératoire et de « belles » trompes, le taux de fécondité naturelle est de 30% à 40%, de même pour une fécondation in vitro.

  •  Quelle sont les chances de tomber enceinte naturellement avec de l’endométriose  traitée par cœlioscopie et un taux de 100% de spermatozoïdes atypiques chez un conjoint ?

 Il y a là  2 causes d’infertilité : l’endométriose et des spermatozoïdes 100% atypiques. Même si l’endométriose a été traitée et que l’ovulation est bonne, il reste le problème des spermatozoïdes atypiques qui génère une chance de grossesse naturelle nulle. On oriente alors vers une aide médicale à la procréation.

  •  Un article est paru dans la presse  « Zinfos974 » le 26 février 2014,  une étude était prévue concernant les conséquences des perturbateurs endocriniens (surtout les pesticides). Avez-vous les résultats de cette étude?

 Extrait : «  Il y a aussi des facteurs environnementaux, certains ont été étudiés, notamment les insecticides ou crèmes solaires, sans pour autant être prouvés. On avait soupçonné des liens avec la dioxyne à une époque, mais cela n’a jamais été démontré. Le CHU a décidé de monter une étude sur la géolocalisation des endométriosiques à la Réunion afin de voir s’il y a des groupements dans un endroit précis et connaître les pesticides utilisés aux alentours. C’est une étude qui va démarrer prochainement à la Réunion ».

 Cette étude a commencé début 2015. Il faudra à peu près 10 ans avant d’avoir des résultats. Une étude comparative  de la fréquence d’endométriose dans les différentes régions de France donne une prévalence  des femmes opérée pour endométriose sévère à la Réunion de 2,2% contre 2% en métropole. La Réunion fait partie des 4 régions les plus touchées (PACA, Loire, Limousin).

 Dans le futur, une étude comparative sur le traitement de l’endométriose : implant contraceptif versus pilule contraceptive devrait être réalisé. En effet, l’implant contraceptif supprime les règles chez 70% des patientes.

 

 

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